Lettre de Veronika Zonabend, épouse de Ruben Vardanyan, à la Présidente du CICR, Mirjana Spoljaric Egger, concernant le statut juridique des prisonniers arméniens en Azerbaïdjan

Lettre de Veronika Zonabend, épouse de Ruben Vardanyan, à la Présidente du CICR, Mirjana Spoljaric Egger, concernant le statut juridique des prisonniers arméniens en Azerbaïdjan

 

Les familles des prisonniers arméniens en Azerbaïdjan sont sans nouvelles visuelles de leurs proches depuis plus de deux ans. Elles sont profondément préoccupées par l’état de santé des détenus. Les derniers à avoir eu un accès indépendant à ces derniers étaient les représentants du Comité International de la Croix-Rouge (CICR) – la seule organisation à les avoir visités sur leurs lieux de détention. Cependant, à la demande du gouvernement azerbaïdjanais, le CICR a été contraint de mettre fin à ses opérations dans le pays le 3 septembre 2025.

Dans ces circonstances, la question du statut juridique des détenus, tel qu’appréhendé dans le cadre du droit international humanitaire, revêt une importance particulière. C’est avec cette requête que Veronika Zonabend s’est adressée à la présidente du CICR, Mirjana Spoljaric Egger.

Nous publions cette lettre et réitérons la demande qu’elle contient : nous demandons au CICR de clarifier le statut juridique spécifique sous lequel les détenus arméniens ont été visités par les représentants de l’organisation, et d’envisager de répondre à cette question.

Chère Présidente Spoljaric,

Je vous écris au nom de mon mari, Ruben Vardanyan, citoyen arménien, philanthrope et ancien ministre d’État du Haut-Karabakh, qui a été illégalement détenu par les autorités azerbaïdjanaises le 27 septembre 2023 alors qu’il tentait de quitter le Haut-Karabakh pour l’Arménie.

Je tiens à exprimer ma sincère gratitude pour le travail du Comité International de la Croix-Rouge. Le rôle et le mandat du CICR sont véritablement uniques et sans égal. En ces temps de cruauté, de guerre et d’injustice, le CICR demeure un rare symbole de dignité, de compassion et d’humanité, investi de la noble mission de protéger les plus vulnérables. Le CICR est l’une des rares organisations internationales dont les membres n’ont pas perdu le sens de leur mission et continuent d’aborder leur travail avec humanité et bienveillance. Nous apprécions profondément les visites des délégués du CICR à Ruben sur son lieu de détention en Azerbaïdjan. Pour notre famille, et j’en suis sûre pour les familles des autres Arméniens détenus, vos visites signifient bien plus qu’une simple procédure formelle.

Je vous écris en pleine connaissance du mandat humanitaire du CICR, ainsi que de ses principes de confidentialité, d’impartialité et de neutralité établis de longue date. En même temps, pour les familles de personnes qui restent illégalement détenues, il est d’une importance profonde de recevoir une compréhension impartiale et professionnellement fondée du statut juridique des détenus en Azerbaïdjan au moment des visites des délégués du CICR.

Ce besoin de clarté est rendu d’autant plus urgent à la lumière des procédures judiciaires manifestement déficientes en Azerbaïdjan, incluant des procès dénués de garanties fondamentales et des accusations qui semblent dépourvues de toute base factuelle et juridique. La souffrance infligée aux familles des détenus en raison de leur détention illégale et de la conduite de procédures manquant d’équité fondamentale est encore aggravée par la diffusion d’informations trompeuses et la déformation délibérée du statut des détenus par les autorités azerbaïdjanaises, qui les qualifient publiquement et de manière répétée de « terroristes ».

Dans ce contexte, je sollicite respectueusement une clarification sur le statut juridique spécifique sous lequel Ruben et les autres détenus arméniens ont été visités par les délégués du CICR. En particulier, nous cherchons à comprendre s’ils étaient considérés par le CICR comme des personnes privées de liberté en lien avec un conflit armé et, à ce titre, s’ils étaient des prisonniers de guerre, des détenus de sécurité, des internés, ou s’ils relevaient d’un autre statut selon les règles applicables du droit international humanitaire.

Une telle clarification serait d’une valeur exceptionnelle. Elle apporterait un réconfort indispensable aux familles et contribuerait de manière significative à une compréhension objective de la manière dont les détenus sont considérés au regard du droit international humanitaire et des normes de visite humanitaire du CICR.

Permettez-moi de conclure en exprimant ma sincère gratitude pour l’humanité et la dignité que le CICR apporte à son travail, des qualités qui restent indispensables dans un monde où elles font trop souvent défaut.

Enfin, je m’adresse à vous non seulement en votre qualité officielle, mais aussi par un appel profondément personnel à l’organisation dont la mission a toujours été de placer la protection de la vie humaine, de la dignité et de la justice au-dessus des formalités et des considérations politiques. Pour les familles comme la nôtre, qui vivent l’angoisse de la détention prolongée et illégale de leurs proches, cette foi en la conscience humanitaire du CICR est une source d’espoir. J’ai la sincère conviction que ce même esprit guidera votre attention sur la situation de Ruben et des autres détenus arméniens.

Je vous prie d’agréer, Madame la Présidente, l’expression de ma haute considération.

Veronika Zonabend 

Épouse de Ruben Vardanyan