Initiative humanitaire de Veronika Zonabend, épouse de Ruben Vardanyan

Initiative humanitaire de Veronika Zonabend, épouse de Ruben Vardanyan

 

Mon mari est détenu illégalement en Azerbaïdjan depuis septembre 2023. Depuis plus de trois ans, il est tenu éloigné de sa famille et de tous ceux qui l’aiment. C’est durant cette période que sont nées ses petites-filles — des petites-filles qu’il n’a encore jamais pu serrer dans ses bras.

Je choisis d’écrire ces mots en tant qu’épouse aimante, en tant que mère, en tant que grand-mère, et en tant que femme qui ne peut plus attendre en silence pendant que diverses institutions expliquent pourquoi elles ne peuvent pas, ou ne doivent pas, agir. Mais il ne s’agit pas seulement de Ruben.

Dix-huit autres Arméniens restent en détention en Azerbaïdjan. Beaucoup d’entre eux n’ont pas vu leurs proches depuis six ans. Ils n’ont reçu aucune lettre. Ils n’ont pas entendu la voix de ceux qui leur sont chers. Ils n’ont pas pu tenir entre leurs mains une photographie de leurs enfants, de leurs petits-enfants, et pour certains, de leurs arrière-petits-enfants.

Pour leurs familles, ils ne sont ni un « point à l’ordre du jour », ni un « problème politique », ni un « dossier diplomatique complexe ». Ils sont des époux, des pères, des grands-pères, des fils et des frères. Leur seul tort a été de vouloir vivre sur la terre de leurs ancêtres, de parler leur langue et de préserver leur culture. Aujourd’hui, il semble trop souvent que leur sort n’importe profondément à personne en dehors de leurs propres familles. Tout au long de cette période, un dialogue sans fin s’est poursuivi autour de leur destin, évoquant tour à tour des mécanismes, des procédures, des mandats et des conjonctures politiques. Tandis que les uns s’emploient à préserver leurs positions politiques, d’autres passent des années en détention dans l’attente d’une seule photographie, d’une lettre ou de quelques mots de ceux qu’ils aiment.

À la suite de la fermeture du bureau de la délégation du CICR à Bakou, les familles des détenus arméniens ont été privées de tout accès humanitaire régulier et indépendant à leurs proches. Les mécanismes internationaux conçus pour protéger les personnes dans de telles circonstances ont, dans les faits, cessé de fonctionner. La Défenseure des droits de l’homme d’Arménie a déclaré que cette question n’entrait pas dans le cadre de son mandat. De plus, les délégations officielles arméniennes, lors de leurs visites en Azerbaïdjan, n’ont pas trouvé le moyen de voir ces personnes, que ce soit pour s’assurer de leurs conditions de détention ou de leur état de santé. 

Face à ce vide institutionnel de responsabilité, je ne peux plus me résoudre à simplement attendre. À la demande de Ruben, j’ai l’intention d’organiser une délégation humanitaire internationale de femmes qui se rendra à Bakou dans les prochaines semaines.

J’appelle la Commissaire aux droits de l’homme de l’Azerbaïdjan, Mme Sabina Aliyeva, ainsi que ses services, à faciliter l’arrivée de cette délégation à Bakou, à organiser une réunion officielle, à permettre une visite aux prisonniers arméniens détenus au complexe pénitentiaire d’Umbaki, et à autoriser la remise formelle de colis, de photographies, de lettres et d’effets personnels autorisés de la part de leurs familles, conformément à la législation azerbaïdjanaise.

Pour ceux qui sont incarcérés, cela agira comme un rappel : ils n’ont pas été oubliés.

Je crois que nous ne restons humains que lorsque nous refusons de laisser l’indifférence devenir la norme, lorsque nous continuons à cultiver en nous la compassion, l’amour et la miséricorde, même dans les circonstances les plus éprouvantes.

Je veux croire que là même où la politique a détruit la confiance, il subsiste un espace pour un geste humain. L’histoire se souvient des dirigeants de nations et des États puissants non seulement pour leurs victoires, mais aussi pour la clémence dont ils ont fait preuve envers ceux qui se sont trouvés en leur pouvoir. Ce sont précisément de tels actes que l’histoire valorise le plus, car ils révèlent une force unie à la dignité.

Cette initiative n’est pas un acte politique. C’est une tentative de rétablir un lien, ne serait-ce que minimal, entre les personnes en détention, leurs familles et tous ceux qui se soucient de leur sort. Un tel lien aide l’être humain à préserver sa dignité, et sans dignité, il est impossible de concevoir une paix véritable et durable entre des peuples voisins.

Au cours des deux prochaines semaines, nous recueillons des lettres de soutien destinées aux prisonniers arméniens détenus en Azerbaïdjan. Nous ferons de notre mieux pour les acheminer aux côtés des colis des familles dans le cadre de cette initiative humanitaire.

Les lettres peuvent être envoyées dans n’importe quelle langue à l’adresse suivante : letters@freearmenianprisoners.com, avec la mention suivante en objet : Letter of Support – Armenian Detainees.

Si votre lettre s’adresse à une personne en particulier, veuillez mentionner son nom dans l’objet du message.

Les noms des femmes qui composeront la délégation seront annoncés en temps voulu.

Veronika Zonabend