Le seul chemin vers une paix réelle est la libération de tous les otages : interview de David Vardanyan avec France 24

Le seul chemin vers une paix réelle est la libération de tous les otages : interview de David Vardanyan avec France 24

 

David Vardanyan, le fils de Ruben Vardanyan, qui a été « condamné » à 20 ans de prison à Bakou, a accordé une interview à la chaîne de télévision française France 24.

 

François Picard : Lorsque l’Azerbaïdjan a repris l’enclave arménienne du Haut-Karabakh en 2023, cela a marqué un tournant décisif. Des décennies de combats, suivies d’annonces d’accords de paix et de poignées de main. Il y a également eu de lourdes peines pour ceux capturés lors de l’assaut final de septembre 2023 — le tribunal militaire de Bakou ayant condamné plus tôt ce mois-ci l’ancien numéro deux du Haut-Karabakh, le banquier milliardaire Ruben Vardanyan, à 20 ans de prison. Pour en savoir plus, nous retrouvons son fils, David Vardanyan, en direct de Dubaï. Merci beaucoup d’être avec nous sur France 24.

David Vardanyan : Bonjour François, merci beaucoup de me donner l’occasion de m’exprimer.

François Picard : La presse arménienne a indiqué qu’il n’y aurait pas d’appel, que votre famille aurait décidé de ne pas faire appel de cette condamnation. Pouvez-vous le confirmer et nous expliquer pourquoi ?

David Vardanyan : Oui, absolument. Après avoir consulté mon père par téléphone, nous avons décidé de ne pas faire appel devant les tribunaux azerbaïdjanais, compte tenu de la position partiale et unilatérale adoptée par la cour azerbaïdjanaise. Malheureusement, cela est très clair — le rapport d’Amnesty International a souligné que le simple fait qu’un civil, n’ayant jamais occupé de fonction militaire, soit jugé par un tribunal militaire, va à l’encontre de toutes les normes internationales. Le fait que la défense juridique internationale de mon père n’ait pas pu communiquer avec lui une seule fois pendant les deux ans et demi de sa détention provisoire, ainsi que de nombreuses autres violations flagrantes du droit international et du droit azerbaïdjanais, montrent qu’il ne s’agit pas d’un véritable procès, mais plutôt d’une mise en scène politique, destinée à un public interne et peut-être aussi à certains observateurs externes. Ce n’est absolument pas un procès équitable et légitime, c’est pourquoi mon père a refusé d’y participer.

François Picard : David Vardanyan, écoutons le président de l’Azerbaïdjan. Il s’est entretenu avec Mark Pearlman de France 24 au sujet de l’affaire, plus tôt ce mois-ci.

Donc, on dirait qu’aucune clémence n’est prévue pour le moment, sauf si ce n’est que de la rhétorique. Qu’entendez-vous à ce sujet ?

David Vardanyan : Eh bien, évidemment, nous sommes profondément préoccupés par les propos qui ont été tenus. Il faut aussi garder à l’esprit que ma mère est d’origine juive, et entendre de telles accusations contre mon père, qui est, vous savez, un humanitaire, probablement le plus célèbre de la région, est très inquiétant. Il est important de préciser, je pense, pour certains de vos téléspectateurs, que l’Azerbaïdjan accuse la Fondation Aurora — un prix humanitaire organisé et cofondé par mon père, avec des humanitaires tels que feu Elie Wiesel, Vartan Gregorian, Mary Robinson, Ernesto Zedillo, entre autres — d’être une organisation terroriste.

Ces accusations sont donc très fortes et substantielles et, je pense, constituent des propos très lourds qui n’ont pas vraiment été étayés. Nous espérons bien sûr une résolution de ce conflit et, en fin de compte, ce que nous souhaitons tous dans la région — Azéris, Arméniens et tous les habitants —, c’est une paix véritable et durable. Et je pense que la seule manière d’y parvenir est que tous les otages d’un côté soient libérés et ramenés chez eux, et que les pays puissent normaliser leurs relations de manière réelle, et guérir tous les traumatismes passés qui ont touché les deux pays.

François Picard : Et pourtant, il y a eu ces poignées de main télévisées entre les dirigeants de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan. Nous avons vu le vice-président américain, JD Vance, visiter les deux pays avant le verdict, le 10 février. La semaine dernière, les deux dirigeants étaient présents à l’inauguration du Conseil de la paix par Donald Trump. Écoutons.

Et juste après cela, Trump encourageant les deux dirigeants à se serrer la main lors de cette réunion du Conseil de la paix à Washington. On peut voir Nikol Pashinyan et le président Aliyev, qui se sont effectivement serré la main. Quelle est votre réaction à ce geste ?

David Vardanyan : Eh bien, vous savez, tout ce qui peut rapprocher deux pays après tant de sang versé mérite vraiment d’être recherché. Je suis sincèrement reconnaissant envers l’administration Trump d’avoir tenté, de manière réelle et très substantielle, de résoudre ce conflit vieux de plusieurs décennies.

Il est également très important de rappeler que le président Trump a dit au Premier ministre Pashinyan, le 8 août, que 23 otages chrétiens arméniens — à ce moment-là — étaient détenus à Bakou et qu’il allait intervenir à ce sujet. Le vice-président Vance, lors de son voyage en Arménie et en Azerbaïdjan, a également abordé cette question, comme il l’a confirmé lors de ses rencontres avec les deux dirigeants. Je pense donc que l’administration Trump comprend l’importance de la libération des otages dans le cadre de la normalisation des relations.

J’ai vraiment l’espoir que l’Arménie et l’Azerbaïdjan puissent parvenir à une paix véritable et durable. Mais un simple document signé, quand il n’y a pas de bonne volonté entre les pays, n’est qu’un morceau de papier. Comme vous le savez sans doute, la célèbre photo de Neville Chamberlain — si l’on remonte dans l’histoire — montre également qu’un morceau de papier reste un morceau de papier sans actions concrètes et tangibles.

François Picard : Et ce voyage de JD Vance dans la région, a-t-il un peu mis de côté la situation de votre père ?

David Vardanyan : Pas du tout, c’était en réalité un voyage historique pour les deux nations. C’était le plus haut responsable américain à visiter l’Arménie ou l’Azerbaïdjan, et le fait que les États-Unis prennent un rôle si actif dans la région montre que le Caucase du Sud est stratégique. Le fait que le vice-président ait confirmé publiquement que la question des otages arméniens serait abordée lors de ses rencontres avec le Premier ministre Pashinyan et le président Aliyev était en réalité une étape très importante pour résoudre ce problème, car ce n’est qu’avec des pays comme les États-Unis et leur administration actuelle, qui ont de l’autorité auprès des deux pays, que l’on peut pousser à des solutions difficiles mais nécessaires pour une paix véritable et durable dans notre région.

François Picard : Et Moscou alors ? La Russie exerce-t-elle une quelconque pression ? Votre père possède un passeport russe.

David Vardanyan : En réalité, mon père est également citoyen arménien, et tous les autres otages arméniens ne sont que des citoyens arméniens. C’est donc un point très important que vous soulevez : en fin de compte, c’est la responsabilité fondamentale et le devoir du gouvernement arménien de garantir la libération rapide de tous ces prisonniers. Et il ne s’agit pas seulement de mon père, mais aussi des 18 autres otages arméniens détenus illégalement, ainsi que des personnes disparues. J’espère que tous les acteurs importants de la région aideront à résoudre cette situation, mais au final, c’est la responsabilité première du gouvernement arménien d’assurer le retour sûr de ses citoyens.

François Picard : Une dernière question pour vous, David Vardanyan. Qu’a dit votre père à votre famille ces derniers jours ?

David Vardanyan : Vous savez, malgré toutes les difficultés, les épreuves et les conditions dans lesquelles il se trouve depuis 860 jours, il reste très optimiste. Il nous répète toujours de ne pas perdre espoir, de rester fidèles à nos principes, car c’est exactement ce qu’il fait. Malgré toutes les pressions pour qu’il abandonne sa conviction que l’Arménie et l’Azerbaïdjan doivent coexister dans une paix véritable et durable basée sur le respect mutuel, il reste fidèle à ses principes et nous encourage tous à ne pas céder à la peur et à continuer de défendre ce qui est juste, quoi qu’il arrive. Il garde espoir et ne nourrit aucune colère envers qui que ce soit. Son vœu sincère est que l’Arménie et l’Azerbaïdjan trouvent un moyen de coexister en voisins.

François Picard : David Vardanyan, un grand merci d’être avec nous depuis Dubaï.

David Vardanyan : Merci, François. Merci beaucoup.